CONCLUSION DE L’EPITRE AUX ROMAINS
1) Communications personnelles de Paul : Ch 15,14 à 33
Raisons de son épître : v14 à 17
Bien que persuadé que les chrétiens de Rome étaient assez mûrs pour s’édifier dans la foi, la connaissance et l’amour entre eux : v 14, Paul explique ici les raisons qui l’ont poussé à écrire cette épître si complète et si pleine d’exhortations :
1ère raison : le ministère que Dieu lui a confié : v 16a
La mission que Paul a reçu de Dieu est d’être au service de Jésus-Christ pour les non-juifs. Il considère donc, conformément à l’ordre donné par le Seigneur avant Son départ : Matthieu 28,19-20, que la planète entière fait partie de son champ d’action. Comme il le dit au début de sa lettre, il se sent redevable envers tous les peuples d’annoncer l’Evangile par lequel il a été sauvé : Rom 1,14-15. Paul est, après l’apôtre Pierre, la 2ème grande figure du christianisme primitif, l’un pour les juifs, l’autre pour les païens : Galates 2,8
2ème raison : l’objectif de son ministère parmi les païens : v 16b
Dans le service auquel il se sent appelé auprès des païens, la pensée de Paul ne se limite pas à l’annonce du salut en Jésus-Christ. Son objectif est non seulement que les païens soient sauvés, mais qu’ils deviennent pour Dieu une offrande qui Lui soit agréable. Le ministère d’apôtre ne se limite pas à celui d’évangéliste. Il est aussi d’être enseignant, modèle et formateur auprès de ceux que Dieu lui confie : Col 1,28. C’est pour cette raison que, même sans connaître directement l’église de Rome, Paul se sent redevable de communiquer à ses frères en Christ la richesse de la connaissance que Dieu lui a donné par l’Esprit Saint : Rom 1,11 ; Ephés 3,1 à 3. Ce faisant, ce ne sont pas seulement les croyants de Rome, mais toutes les générations de croyants qui bénéficieront de son enseignement. L’ambition de Paul n’est pas seulement de s’acquitter du ministère que Dieu lui a confié, mais de bien le remplir et d’être, au jour de Jésus-Christ, fier de ce qui aura pu être fait à travers lui parmi les païens : v 17 ; Rom 14,10 à 12 ; 2 Tim 4,5. Cela devrait aussi être notre motivation à tous dans ce que Dieu nous confie.
2) Méthodes de travail : v 18 à 21
Après avoir expliqué les raisons qui l’ont poussé à écrire son épître à ses frères de Rome, Paul s’emploie maintenant à leur décrire de quelle manière il travaille pour s’acquitter du service qui lui a été confié. A ce sujet, il parle :
du but qu’il vise : v 18 : l’obéissance
L’Evangile qui n’a pas pour objectif d’amener les croyants à l’obéissance est un faux évangile : Rom 1,5. Le péché étant entré dans le monde par la désobéissance, la réconciliation avec Dieu n’a de sens que si elle aboutit à l’obéissance. Seul celui qui fait la volonté de Dieu est connu par Lui : Mat 7,21 à 23
des moyens qu’il a à sa disposition : v 19a :
L’œuvre de Dieu à travers Paul s’est faite de 3 manières :
. par sa parole : prédication, enseignement : Actes 14,12 ; 20,7 à 9 ; 28,30 –31
. par ses œuvres : 2 Cor 11,27 ; 1 Thes 2,9 ; 2 Thes 3,8 ; 2 Tim 3,10-11
. par les miracles et les prodiges : guérisons : Actes 14,8 à 10 ; 19,11-12
la même puissance, celle de l’Esprit- Saint étant à l’œuvre dans tous les cas.
de sa méthode de travail : v 19b à 21
Partant de Jérusalem, comme le Seigneur l’avait ordonné : Actes 1,8, Paul, au cours de plusieurs voyages alla jusqu’en Illyrie (l’Albanie et la Yougoslavie actuelles), annonçant partout l’Evangile, laissant sur son passage d’innombrables églises naissantes. Deux soucis l’habitaient dans le ministère qu’il accomplissait ainsi au service de Jésus-Christ :
annoncer l’Evangile là où Christ n’était pas connu : v 20.
Paul se faisait un point d’honneur de ne pas marcher sur les plates bandes d’autrui, contrairement à d’autres qui ne se gênaient pour, après son départ, le discréditer et prendre sa place dans les églises qu’il avait implanté : 2 Cor 10,13 à 16 ; Actes 20,29. Bien qu’étant sans doute l’apôtre clé de l’évangélisation parmi les païens, Paul sait qu’il n’est pas le seul engagé dans cette tâche. Respecter l’œuvre de Dieu, c’est aussi pour lui respecter le travail fait par ses autres frères dans cette même œuvre.
obéir à la parole de Dieu qui vise comme cible première de l’évangélisation les peuples encore non-atteints : v 21.
3) Projets de Paul pour l’avenir : Rom 15,22 à 33
Considérant sa mission achevée en Orient, Paul a maintenant le projet de se rendre en Occident, à Rome d’abord, puis en Espagne : v 23. Nous ne savons pas si ce projet pour l’Espagne put se réaliser. Paul nous révèle un autre aspect de ce qu’est l’esprit et la vocation missionnaires : l’esprit de conquête permanent. Un véritable missionnaire ne considère jamais sa mission finie. Un champ terminé, il en a immédiatement à l’esprit un nouveau. Il sait, comme Jésus l’a dit, que le défi missionnaire lancé au moment de Sa première venue ne sera pas entièrement relevé au moment de Son retour : Mat 10,23 ; 24,14. C’est pourquoi le vrai missionnaire ne peut, jusqu’à son dernier souffle, déposer les armes.
Le projet de Paul de se rendre à Rome puis en Espagne inclut plusieurs raisons :
- Rencontrer personnellement les chrétiens de Rome, qu’il ne connaît que par ouï-dire. Un désir qu’il a depuis longtemps, mais dont la réalisation jusqu’à présent n’a pu se faire : v 23. Parti de Jérusalem, la capitale juive et le centre du christianisme naissant, Paul considérait comme primordial pour lui d’atteindre l’objectif d’annoncer l’Evangile dans ce qui était la capitale païenne de l’époque : Rome.
- Faire de Rome sa base d’opération pour son projet en Espagne : v 24, 28
Dans l’attente de la réalisation de ce projet, Paul a devant lui une autre mission. Il a en effet été chargé par les églises de Macédoine et de l’Achaïe (deux régions de la Grèce actuelle), d’apporter aux croyants de Jérusalem le fruit d’une collecte organisée pour les soutenir dans la famine qui les avait atteints : Actes 11,27 à 30 ; 1 Cor 16,1 à 4. Le fait que Paul, le grand apôtre des païens dont la passion première est d’annoncer l’Evangile là où il n’est pas connu, ait été prêt de se charger d’une telle mission auprès de croyants juifs, nous enseigne plusieurs leçons :
- Bien qu’apôtre des païens, Paul n’a pas oublié ses racines juives. Il le rappellera souvent au cours de ses écrits : Rom 9,3 ; Phil 3,4 à 6. Il aura à cœur en même temps, partout où il passera de commencer l’évangélisation des juifs de la nouvelle région atteinte : Actes 13,14 ; 14,1 ; 17,1-2 et de rappeler aux chrétiens non-juifs tout ce que, dans leur foi, ils doivent à ce peuple : Rom 9,1 à 5. Paul considérait comme un juste retour des choses que les croyants d’origine païenne soutiennent dans la difficulté leurs frères juifs éprouvés : Rom 15,27
- Bien qu’ayant une mission prioritaire, annoncer l’Evangile à ceux qui ne l’avaient pas encore entendu, Paul ne considérait pas comme un détour le fait, chaque fois qu’il le pouvait, de servir ses frères et de leur faire du bien. La mission d’un apôtre ou d’un évangéliste ne peut se résumer à une seule tâche. Comme Jésus, l’apôtre est appelé à aller de lieu en lieu pour annoncer la Parole, délivrer les captifs et faire tout le bien qui lui est possible de faire : Actes 10,38. Dans tous ses déplacements, Paul a mis plus d’une fois un point d’honneur à remplir le contrat qui lui avait été donné par les autres apôtres en faveur des pauvres : Galates 2,6 à 10.
- Bien qu’ayant une mission prioritaire, Paul ne considère pas comme peu de choses de travailler à l’unité et au renforcement pratique des relations entre les croyants d’origine diverse. Plus que tout autre peut-être, il avait dans l’esprit l’idée que l’Eglise est un Corps dont les membres sont interdépendants : Ephés 1,22-23 ; 1 Cor 12,27. Il est juste et bon qu’une église locale dans un contexte favorisée s’inquiète et prenne part aux besoins d’une autre, d’une ethnie différente, vivant dans des conditions spirituelles ou matérielles plus difficiles. Dieu désire faire de l’Eglise une société dans la société, un réseau de ramifications au travers desquelles Il peut manifester les bienfaits de Sa grâce à chaque membre du Corps.
En vue de la réalisation de ce projet, Paul se recommande à la prière des chrétiens de Rome pour deux raisons :
- Pour qu’ils soient délivrés des réfractaires de Judée : v 30. Paul savait que c’était parmi les croyants d’origine juive qu’il avait le plus d’opposants à son ministère parmi les païens : Actes 15,5. Bien que les apôtres lui aient donné la main d’association, l’idée que les juifs et les non-juifs étaient sur le même pied d’égalité dans la nouvelle alliance restait un concept qui avait du mal à faire son chemin dans tous les esprits : Galates 2,11-14. Beaucoup de croyants d’origine juive entretenaient en eux l’idée qu’ils conservaient un avantage certain sur ceux d’origine païenne.
- Pour que le fruit de la collecte soit bien accueilli des chrétiens de Jérusalem : v 32. Un tel sujet de prière peut étonner. Vu ce qui a été dit auparavant, il paraît cependant justifié. Il n’est facile pour personne qui se considère comme supérieur, de se trouver dans le besoin et l’obligation d’être soutenu par ceux que l’on tenait jusqu’à présent comme inférieurs. Les difficultés par lesquelles Dieu nous fait passer ont aussi parfois comme objectif de renverser les barrières de séparation naturelles qui nous coupent les uns des autres : Ephés 2,14 ; Gal 3,28
En se recommandant à la prière de ses frères, Paul nous enseigne que, quelle que soit la tâche ou le service qui est devant nous, rien n’est simple ou automatique. Même dans les choses que nous pensons à notre portée, nous avons besoin de nous recommander à Dieu et nous dépendons toujours de Lui pour la réussite de nos entreprises. Que Dieu nous aide à nous en souvenir et à ne pas nourrir de fausses pensées présomptueuses quant à nos capacités réelles d’accomplir nos projet : Jacques 4,13 à 16
4) Salutations personnelles : Ch 16,1 à 16
En terminant sa lettre, Paul tient à adresser ses salutations personnelles à plusieurs chrétiens qui habitent à Rome et qu’il connaît, pour certains, de longue date. Plusieurs enseignements peuvent être tirés de la façon avec laquelle Paul salue ses frères et sœurs dans le Christ :
- Paul se plaît à souligner chez plusieurs leur valeur et ce qu’ils représentent pour lui :
Phoebé : une femme de valeur qui a été une protectrice pour Paul et beaucoup d’autres : v 2
Prisca et Aquilas : ses collaborateurs qui ont plusieurs fois exposé leurs vies pour lui : v 3 ; Actes 18,2.18.26 ;1 Cor 16,19 ; 2 Tim 4,19
Marie, qui s’est donné beaucoup de peine : v 6
Ampliatus, Stachys , Perside, des bien-aimés dans le Seigneur : v 8, 10, 12
Andronicos et Junias qui furent ses compagnons de captivité : v 7
Urbain, son collaborateur dans le Christ : v 9
Apellès, qui a fait ses preuves dans le Christ : v 10
Tryphène et Tryphose qui se sont donnés de la peine dans le Seigneur : v 12
- Paul se plaît ainsi à souligner dans la vie de ses frères les traits marquant de leur nouvelle identité en Christ. Quel trait nous apparaît spontanément lorsque nous pensons ou évoquons nos frères dans la foi ?
Un tiers au moins des personnes mentionnées sont des femmes. Paul souligne la valeur qu’a le service qu’elles apportent et donne des enseignements sur ce que peut être leur rôle dans l’église :
- Phoebé : diaconesse ou ministre de l’église de Cenchrées : v 1
- Prisca, Marie, Tryphène et Tryphose, Perside, la mère de Rufus, Julie, la sœur de Nérée
Plusieurs frères mentionnés sont des parents directs de l’apôtre, pour certains en Christ avant lui :
Andronicos et Junias : v 7
Hérodion : v 11
L’Eglise de Rome n’était pas une église centralisée, mais dispersée dans des maisons : v 5, 10, 11, 14, 15. Bien que se connaissant entre eux, les chrétiens avaient opté pour une organisation souple et légère qui leur permettaient de resserrer les liens de la communion fraternelle et, peut-être, d’échapper plus facilement à la persécution.
5) Dernier avertissement et conclusion de l’épître : 16,17 à 27
Le danger des diviseurs : v 17 à 20
Même dans une église pleine de bonnes dispositions : 15,14 et d’obéissance : 16,19, le risque est là qu’ils s’y introduisent des hommes n’ayant pas le bien des autres ou la gloire de Dieu en tête, mais leurs propres intérêts. Dans plusieurs de ses épîtres, Paul, qui en a eu l’expérience, en avertit les croyants. La division est un des risques majeurs qui, sous l’impulsion d’hommes animés de mauvais motifs, guette l’église : 1 Cor 1,10 ; 11,18 ; 12,25 ; Tite 3,10. Derrière leur action se cache Satan , le grand diviseur : 16,20, celui qui par excellence aime séparer les frères et semer le trouble. Si nous avons la promesse de la victoire finale du Christ et de l’Eglise sur lui : 16,20, dans cette attente nous devons être particulièrement vigilants pour conserver l’unité de l’Esprit dans le lien de la paix : Ephés 4,1 à 3
Salutations des collaborateurs de Paul à l’église de Rome : v 21 à 23
Les dernières salutations mentionnées nous donne quelques renseignements sur l’entourage de Paul au moment où il écrit cette lettre à ses frères de Rome. Il se trouve ainsi entouré de plusieurs personnes qui lui sont proches et précieuses dans la foi :
- Timothée, son enfant bien-aimé dans la foi : 1 Tim 1,2
- Tertius, son secrétaire particulier : v 22. Souvenons-nous que Paul souffrait d’une affection des yeux : Galates 4,15
- Plusieurs proches parents : Lucius, Jason , Sosipater : v 21
- Gaïus chez qui Paul logeait, ce qui nous fait penser qu’il écrit depuis Corinthe : v 23 ; 1 Cor 1,15
- Eraste, le trésorier de la ville et Quartus : v 23
Doxologie finale : v 25 à 27
Paul termine son épître par une dédicace. C’est à Dieu qu’Il veut rendre gloire pour l’Evangile dont il est le proclamateur, un Evangile qui a le pouvoir, non seulement de sauver, mais encore d’affermir dans la foi tous ceux qui y adhèrent. Il nous en rappelle pour conclure à la fois la teneur et la gloire. L’Evangile est pour lui :
- la bonne nouvelle qui a pour centre la Personne de Jésus-Christ : v 25
- la révélation d’un mystère caché depuis des siècles : v 25
- le cœur même de toute l’Ecriture prophétique : v 26 ; Jean 5,39
- le message universel à proclamer à toutes les nations : v 26
-le moyen unique de restaurer la relation entre Dieu et l’homme rompue par le péché : l’obéissance de la foi : v 26 ; Rom 1,5
A Dieu, seul sage, soit la gloire par Jésus-Christ pour toujours. Amen !


