LA VIE PAR LA FOI : PARTIE PRATIQUE
LES NOUVELLES RELATIONS DU CHRETIEN
Avec le chapitre 12 de l’épître, Paul ouvre le 3ème grand volet de l’exposé qu’il fait aux chrétiens de Rome de son Evangile (l’Evangile qu’il prêche : Rom 2,16). Après avoir démontré, Bible en main, que la justice de Dieu ne pouvait s’obtenir que par la foi : Rom 5,1, que la vie de sainteté qui en découlait ne pouvait être vécue que par l’Esprit : Rom 8,1, Paul aborde le côté pratique des choses pour souligner comment cette vie nouvelle reçue de Dieu doit se manifester dans tous les niveaux de relations du croyant.
1er niveau de relation : avec Dieu : v 1 et 2
L’œuvre de Dieu en nous ayant pour but d’affranchir nos membres de la domination du péché : Rom 5,12-13, c’est, en toute logique, par l’offrande de notre corps à son service que Dieu s’attend à ce que nous Lui rendions le culte d’adoration qui Lui est dû. Notre corps, autrefois instrument docile du péché, doit devenir instrument volontaire de la justice. Paul envisage ce don de notre corps à Dieu, en réponse au don du corps de Son Fils pour notre péché : cf Héb 10, 5, comme :
Un sacrifice :
Une offrande offerte à Dieu sans retenue. Dieu est ainsi bien plus intéressé par l’usage concret que je fais de mes membres dans la vie de tous les jours que par l’expression de mes belles prières n’exprimant que des intentions à Son égard. Maintes fois Jésus soulignera pour le disciple la nécessité d’être radicalement conséquent dans ces actes avec la conviction intérieure que donne l’Esprit : Mat 5,27 à 30. Paul souligne par ailleurs la portée catastrophique de certains péchés du corps pour la vie spirituelle : 1 Cor 6,12 à 20. Lèvres qui confessent Son nom : Hébr 13,15, pieds qui se hâtent de servir la cause de l’Evangile : Ephés 6,15 ; Rom 10,15, mains qui servent le Seigneur et les autres : Jean 13,12 à 15, nos membres sont les premiers outils au travers desquels l’adoration qui Lui est due peut-être rendue à Dieu.
Un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu.
L’Ancien Testament condamnait avec sévérité l’Israélite qui apportait à Dieu en sacrifice une bête blessée, mutilée ou imparfaite : Deut 17,1 ; 15,19 à 21. A combien plus forte raison était-il impensable d’apporter une bête déjà morte. Ces exigences ordonnées par la loi s’appliquent aussi à la lettre au croyant né de nouveau. Nous ne pouvons offrir à Dieu qu’un sacrifice :
- vivant : rien de l’ancienne nature marquée par la mort ne peut Lui être agréé : Rom 8,7 ; Col 2,13 ; Ephés 2,1 à 3
- saint : nous ne pouvons à la fois pratiquer le péché dans nos corps et vouloir L’honorer dans nos vies. Dieu nous appelle à Le glorifier en vivant dans une sainte séparation du péché : 2 Cor 6,16-18.
- agréable : tous les sacrifices offerts dans l’Ancien Testament devaient être de bonne odeur pour Dieu : Lév 1,9.13.17. La bonne odeur qui convient à Dieu est celle qui monte du sacrifice fait par amour : Jean 12,1 à 8. Dieu est plus attentif à la motivation qui est à la racine de nos actes qu’à leur contenu eux-mêmes : Marc 12,41 à 44 ; Actes 5,1 à 6
Un sacrifice qui est le produit d’une intelligence renouvelée :
Si le péché et le diable obscurcissent l’intelligence : Ephés 4,18 ; 2 Cor 4,4 ; Rom 1,21, une des œuvres principales de l’Esprit est de l’éclairer de manière à ce que le croyant sache et comprenne tout ce qu’Il a reçu de Dieu par Sa grâce, mais aussi désormais tout ce qu’Il attend de Lui : Ephés 1,15 à 19 ; 5,17. Les standards auxquels se soumet le croyant dans sa vie pratique ne doivent plus être ceux qui sont dictés par l’esprit du monde : 1 Jean 2,15 à 17. Le croyant est appelé à vivre dans une nouvelle mentalité, celle que par l’Esprit et la Parole, Dieu veut modeler en Lui . Son mot d’ordre doit désormais être le même que celui de Jésus à Gethsémané : Père, non pas ce que je veux, mais ce que Tu veux : Mat 26,39.
2ème niveau de relation : entre frères : v 3 à 21 :
Après notre relation avec Dieu, c’est essentiellement entre frères et sœurs en Christ que doit se révéler la portée de l’œuvre de la grâce dans nos vies. Jésus nous l’a rappelé par l’exemple concret de service le plus humble qu’Il a rendu à Ses disciples peu de temps avant Sa mort : Jean 13,1 à 5. Il a souligné pour chacun la nécessité, non seulement de L’appeler Seigneur, mais, en tant que tel, de Le suivre dans le rôle et la position de serviteur qu’Il a pris pour nous : Jean 13,14. Il a rappelé enfin que cet exemple qu’Il leur avait donné devait se transformer dans leurs vies en un commandement : Jean 13,34. Ce n’était qu’au prix de la pratique de ce commandement que, dit-Il, leur témoignage communautaire pourrait être crédible pour le monde : Jean 13,35.
L’amour étant notre mot d’ordre dans nos relations fraternelles, comment concrètement pouvons-nous le vivre ? Paul nous donne ici plusieurs enseignements pratiques à ce sujet :
Un principe de base : l’humilité : Rom 12,3
L’humilité, c’est la juste appréciation de soi. Elle est ainsi à la fois le contraire de l’orgueil (l’élévation de soi) et de la dépréciation de soi. L’humble peut être ce qu’il est, non à cause de sa propre valeur, mais parce qu’il sait que c’est de Dieu qu’Il a reçu la place et les dons par lesquels il vit et fait ce qu’il fait : ex : Mat 3,13 à 15. L’humilité ne nous conduit jamais au refus des responsabilités, mais nous enseigne plutôt, dans ce cadre, à ne pas aller au-delà du rôle que Dieu nous a confié. L’homme humble n’a jamais comme ambition d’être le premier : 3 Jean 9 ou le plus important d’un groupe : Luc 22,24 à 27. S’il le devient, il sait qu’il le doit, non à lui-même, mais à la grâce de Dieu seule : 1 Cor 15,8-9. Pour lui, se considérant lui-même, il se voit plutôt digne de la dernière place que de la première : 1 Tim 1,15-16.
Une réalité à prendre en compte : la volonté divine de la diversité : Rom 12,4-6
Aussi doué et complet puisse paraître un homme, personne, dans le corps de Christ, ne peut prétendre à lui seul posséder tous les dons ou cumuler toutes les fonctions. Au contraire, dit Paul : Dieu a disposé le corps de manière à ce que ses parties les plus faibles soient nécessaires aux plus fortes : 1 Cor 12,21-22. Nous devons donc accepter la diversité, faite à la fois de complémentarité (tous n’ont pas la même fonction : v 4) et de dépendance à l’égard des autres (j’ai besoin d’eux : 1 Cor 12,21), pour la réalisation même des projets que Dieu nous met à cœur. C’est dans la pratique de cette réalité qu’apparaît le plus nettement dans l’Eglise la soumission de chacun au seul Chef et à la seule Tête possible : le Christ : Ephés 1,22 ; 4,15-16 ; 5,23 ; Col 1,18 ; 2,19.
Une volonté : celle d’être sérieux et appliqué dans l’exercice de ses responsabilités : Rom 12,6 à 8
Sept activités (la liste n’est pas exhaustive) sont énumérées ici pour illustrer le propos de l’apôtre. Pour chacune d’entre elles, Paul indique l’attitude qui doit présider au service rendu ou au ministère exercé. Son objectif au travers de ses exhortations est de montrer que l’on ne remplit bien son rôle et que l’on ne sert bien les autres qu’à condition d’être entier, sérieux, appliqué, fidèle dans la tâche qui nous est confiée. Pour être un bon serviteur :
le prophète, celui qui parle au nom du Seigneur, doit être nourri de la connaissance de la Parole et de la pensée de Dieu. Plus que tout autre, il doit savoir ce qu’est la saine doctrine : 1 Tim 4,6 ; 6,3 ; 2 Tim 4,3 ; Tite 2,1, le sain enseignement que Jésus, par le Saint-Esprit, a laissé aux Siens pour qu’il soit cru : Jean 16,13 à 15.
le serviteur doit être consacré (tout entier) à son service
celui qui enseigne à son enseignement
celui qui encourage à l’encouragement
celui qui donne doit le faire avec générosité
celui qui dirige avec empressement
celui qui exerce la compassion avec joie.
Pour Dieu la qualité du service que nous accomplissons est plus importante que le service lui-même.
Les attitudes inspirées par l’amour : v 9 à 21
L’amour étant, avons-nous dit, le mot d’ordre principal laissé par le Seigneur aux Siens, Paul décline, par ce florilège d’exhortations, tous les tons et toutes les nuances qu’il peut prendre selon le public auquel il est appelé à se manifester :
- envers les frères : c’est là qu’il révèle le mieux la multiplicité de ses facettes :
°l’authenticité : v 9 : les relations entre frères doivent dépasser le stade des convenances. Notre affection pour eux doit les porter, dans notre cœur, au-dessus des sentiments que nous éprouvons même pour nos plus proches, s’ils sont incroyants : Mat 12,46 à 50. Un amour si fort qu’il n’échappe pas également au devoir de vérité, si nécessaire : Prov 17,17 ;27,6.
°l’horreur du mal et sa manifestation positive : l’attachement fort au bien : v 9
°l’affection, la tendresse fraternelle : v 10a
°la considération mutuelle : v 10b : l’amour se réjouit quand les autres sont reconnus et honorés
°le zèle et l’enthousiasme : v 11a : l’amour de Dieu ne connaît pas de demi-mesure. Il est toujours entier dans son expression pour les autres.
°la ferveur d’esprit : v 11b : l’amour fait toujours preuve de motivation profonde
°le service volontaire : v 11c : en servant nos frères, c’est en fait le Seigneur auquel ils appartiennent que nous servons.
°la joie de l’espérance : v 12 a : le fruit de l’Esprit, c’est l’amour puis la joie… : Gal 5,22
°l’endurance dans l’épreuve : v 12b : l’amour supporte tout : 1 Cor 13,7
°la persévérance dans la prière : v 12c
°la solidarité, la générosité pratique, l’hospitalité : v 13 : un cœur ouvert, c’est aussi souvent une maison et une main ouvertes aux besoins des autres
- dans la vie sociale :
°face aux ennemis : v 14, 17 à 21 : l’amour ne se venge pas ou ne souhaite pas le mal. Il ne peut que souhaiter le bien : Luc 23,34. Utiliser les mêmes armes que nos adversaires, ce serait manifester que, comme eux, nous ne sommes pas capables de triompher du mal. C’est pourquoi, laissant la vengeance à Dieu qui, seul, est habilité à l’exercer : v 19, le croyant, loin de rester passif, s’attachera à renverser le cours des choses pour détruire dans le cœur de son ennemi la raison même de son hostilité envers lui. Comme l’a dit très justement quelqu’un :
Rendre le bien pour le bien, c’est humain
Rendre le mal pour le mal, c’est bestial
Rendre le mal pour le bien, c’est diabolique
Rendre le bien pour le mal, c’est divin.
- face aux heureux et malheureux de la terre : v 15 et 16
L’amour n’étant pas égocentrique sait s’associer aux joies et aux souffrances des autres. Cette sympathie pour ce que vivent les autres et les affecte était une des marques les plus saillantes du caractère du Christ : Luc 7,13 ; 10,33 ; Mat 9,36. Une qualité que Paul associe également à l’humilité. Ne se baisse pour compatir et soulager la misère des autres que celui en qui l’orgueil n’a pas cours. " L’amour est l’épi mûr qui se courbe et rejoint ainsi l’autre : C-L de Benoît. "
3ème niveau de relation : les autorités représentatives de l’Etat : 13,1 à 7 :
Le Christ étant devenu le Seigneur à qui le croyant se soumet, est-ce à dire que celui-ci n’ait plus à se soumettre à aucun autre pouvoir, en particulier à ceux qui sont à la tête de l’Etat ou des gouvernements humains ? Non ! L’apôtre réfute cette idée pour 3 raisons :
L’autorité est un principe qui existe en Dieu :
L’autorité de Dieu est le principe par lequel Il exerce Son pouvoir et Sa domination sur les êtres : Mat 6,13 ; Daniel 4,31 ; Psaume 145,13. C’est parce que Dieu a tout créé, qu’Il est l’origine et la tête de tout, qu’Il a aussi droit d’autorité sur tout : Apoc 4,9 à 11. L’autorité dans la Bible tient d’abord à la position et à la place qu’on occupe. C’est celui qui est à la tête d’une chose qui a l’autorité première sur elle : Col 1,18 ; Ephés 5,23 ; Mat 8,5 à 9 (Jésus loue le centenier pour sa compréhension et l’application dans sa vie du principe d’autorité) ; Rom 5,12 ; 1 Cor 4,15. Ce principe d’autorité n’est pas vécu par Dieu seulement dans ses relations avec les êtres créés, mais à l’intérieur même de la Divinité : 1 Cor 15,24 à 28. L’harmonie du monde ne sera rétablie que lorsque le principe d’autorité de Dieu sera de nouveau reconnu par tous les êtres.
Toutes les autorités qui existent ont été instituées par Dieu : Rom 13,1
Les anges le savent et ne se permettent pas d’injurier les autorités célestes déchues : Jude v 8 et 9. David le comprit et refusa, bien qu’il en avait la possibilité, d’attenter à la vie de Saül, l’élu déchu de Dieu : 1 Samuel 24,1 à 13. Jésus lui-même reconnaîtra ce fait en payant les impôts dus à l’Etat romain et en incitant Ses compatriotes à le faire : Mat 17,24 à 27 ; 22,15 à 22 ; cf Jean 19,8 à 11. Il est notoire que, malgré les droits légitimes que lui conférait Son autorité de Fils de Dieu, Jésus n’ait jamais pris part à une quelconque rébellion contre les autorités en place.
Les autorités en place sont représentatives de l’autorité de Dieu : Rom 13,2 à 5 :
L’autorité, même si elle est imparfaite, est représentative du bien : v 3. En nous soumettant à l’autorité, ce n’est pas à l’homme qui la représente que nous nous soumettons, mais au principe du bien que défend l’institution de l’autorité dans la société. Le respect de l’autorité est le fondement d’une vie sociale harmonieuse. La rébellion organisée contre l’autorité est l’œuvre du diable dont le produit humain final sera l’Antichrist ou le Sans-loi : 2 Thes 2,8.
L’autorité, même si elle est imparfaite, est représentative de la justice : v 4.
Elle exprime déjà de manière partielle la colère de Dieu contre le mal et invite à la crainte. Absente dans la période qui précédait le déluge, c’est à l’initiative de Dieu pour limiter les progrès du mal que l’on doit l’institution du système judiciaire dans le monde entier : Genèse : 9,5-6. La désobéissance civile n’est permise dans la Bible que lorsque les lois humaines contraignent à la désobéissance à la loi de Dieu qui lui est supérieure : Actes 4,18-19
L’obéissance à l’autorité humaine ne doit pas être chez le chrétien forcée, mais volontaire. Elle est une affaire de conscience et d’obéissance, non d’abord aux hommes, mais à Dieu : v 5.
Bien que citoyens du ciel : Phil 3,20, les chrétiens devraient être parmi les meilleurs citoyens de la terre, s’acquittant de leurs devoirs envers l’Etat avec honnêteté, intégrité et manifestant envers les autorités le respect dû à leur rang : v 6 ; Actes 23,1 à 5.
Devoirs et perspectives du chrétien dans ce monde : Rom 13,8 à 14 :
Toujours dans le thème de la vie que le chrétien est appelé à mener dans le monde, l’apôtre Paul exprime ici les deux principes qui doivent marquer sa conduite au cours de son pèlerinage parmi les hommes et sur la terre :
1er principe : le devoir de l’amour envers tous : v 8 à 10
C’est le niveau minimal requis par Dieu et par la loi. L’amour n’est pas dans la vie du croyant né de nouveau une option, mais un commandement et une dette. Ayant été aimé par Dieu au point que, alors que nous étions encore Ses ennemis, Il ait sacrifié Son Fils : Rom 5,8, Dieu considère que le minimum que le chrétien puisse faire pour rendre aux autres cet amour reçu est de les aimer au moins autant qu’il s’aime lui-même. La règle d’or de la conduite chrétienne a été formulée par Jésus Lui-même à Ses disciples : Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, vous aussi, faites-le pour eux : c’est là la Loi et les prophètes : Mat 7,12. Dans la pensée de Paul ce commandement d’aimer passe par la nécessité première d’annoncer l’Evangile du salut à tout homme : Rom 1,14-15 ; 1 Cor 9,16
2ème principe : vivre dans l’attente du retour prochain du Christ : v 11 à 14
Ce devoir d’amour envers tous, dit Paul, est d’autant plus urgent que le temps du retour du Christ s’approchera. Ce temps sera aussi le temps où les ténèbres dans l’humanité seront à leur apogée : v 12, temps où l’amour du plus grand nombre sera refroidi : Mat 24,12. Dans cette perspective, le chrétien est appelé à un double mouvement complémentaire :
- se dépouiller de toutes les œuvres des ténèbres et de la chair : v 12 et 13. Il doit ainsi couper radicalement avec ce qui, de plus en plus autour de lui, constitue le seul passe-temps et la seule préoccupation de ses contemporains : 2 Tim 3,13 ; 2 Pierre 2 : la satisfaction de tous les désirs et de toutes les convoitises humaines.
- revêtir le Seigneur Jésus-Christ et les armes de la lumière : v 13 et 14. Le mot d’ordre du chrétien doit être de vivre comme en plein jour et dans la lumière. Il doit rejeter tout ce qui est honteux et que les hommes mauvais font en se cachant : 2 Cor 4,2 ; Rom 6,21. Il doit viser à ne rien faire qui, dans sa vie, ne puisse supporter le regard du Saint ou celui des autres : Ephés 1,4 ; Phil 1,10 ;2,15 ; 1 Thes 3,13. Sa norme comportementale à laquelle il doit tendre doit être, non le correct, mais l’irréprochable.
De manière pratique, l’apôtre indique le chemin d’accès du croyant à une telle vie. En toutes circonstances, à tout moment, il doit appliquer le principe de refus de prise en compte des désirs de la chair. Plus le chrétien se concentre sur le mal qui est en lui, soit pour le combattre, soit pour s’y complaire, plus celui-ci le domine. Etant mort avec Christ, le chrétien doit faire mourir (ne pas tenir compte, cesser de se préoccuper) les désirs et les aspirations de la chair : Col 3,3 à 7. Il doit refuser de donner vie à ce que Dieu considère et déclare en lui déjà mort par Jésus-Christ : Gal 5,24.
Les forts et les faibles dans l’Eglise : Rom 14,1 à 15,13 :
Paul revient dans cette section aux relations nouvelles que les chrétiens doivent apprendre à développer entre eux, en abordant un sujet qui, s’il n’est pas bien traité, risque d’être l’un de ceux qui peut être le plus porteur d’incompréhensions, de jugements mutuels hâtifs et de divisions dans l’Eglise : la questions des forts et des faibles dans la foi.
Les faibles et les forts : identités :
Bien qu’étant unis sur les questions relatives à leur salut (Ch 1 à 5) et la nécessité de la marche par le Saint-Esprit pour vivre la vie chrétienne (Ch 6 à 8), les chrétiens peuvent avoir des divergences d’opinions : v 1, sur des points secondaires de la vie liés au comportement. Ces différences font que les croyants d’une même église, unis sur le fond et l’essentiel, peuvent cependant se séparer en deux groupes :
1er groupe : les faibles dans la foi : ce sont, selon Paul, des chrétiens :
- scrupuleux sur le plan de la conscience : voir 1 Cor 8,12. Façonnés par un arrière-plan religieux ou culturel différent des autres, certains chrétiens de Rome, sans doute d'origine juive, n’arrivaient pas à se libérer entièrement des obligations de la loi à laquelle, en Christ, ils n’étaient plus obligés d’être soumis. Ils continuaient donc à considérer certains jours comme sacrés (les jours de fêtes juives, le jour du sabbat…) et ne mangeaient que des légumes, la viande leur apparaissant comme un aliment impur (bien que la loi ne tienne pas ce langage).
- limités dans leur liberté : v 2b : ne mange que… Vivant sous le joug de certains interdits qu’ils s’imposaient dans leur désir de plaire à Dieu, les chrétiens faibles de Rome se trouvaient séparés de leurs frères en la foi plus libres qu’eux dans leurs consciences.
2ème groupe : les forts dans la foi : ce sont, selon Paul, des chrétiens :
- qui n’ont pas de scrupule de conscience pour les questions qui bloquent leurs frères faibles. Dans les faits, Paul leur donne raison : 14,14. Les scrupules de conscience qu’un chrétien peut avoir dans un domaine qui ne peut être, par nature, défini comme mauvais, ne concernent que lui. Dans le Christ, rien de ce que Dieu nous donne dans la nature n’est mauvais en soi : 1 Tim 6,17 ; Tite 1,15. Le chrétien fort correspond donc, dans la pensée de Paul, à celui qui est normal (qui vit selon la norme voulue par Jésus-Christ).
- qui jouissent d’une liberté totale dans les domaines qui limitent leurs frères faibles : v 2a : mange de tout… Les chrétiens forts ont su faire la juste part des choses entre ce qui était réellement mauvais et dont ils devaient s’abstenir et le reste qui, dans une certaine culture ou à cause d’un certain arrière-plan, pouvait passer pour mauvais sans l’être en réalité.
Différente dans la forme, la question des divergences d’opinions entre chrétiens sur des choses secondaires pouvant entraîner un risque de divisions, est toujours d’actualité. Elle peut apparaître dans le domaine :
. de la nourriture : les convictions végétariennes existent toujours chez certains chrétiens ; ou la question du porc chez d’anciens musulmans
. vestimentaire : la question du voile dans les églises et chez les chrétiennes d’origine musulmane, mais aussi dans la vie de tous les jours ou dans des moments de loisirs : piscine, bord de mer…
. des loisirs : un chrétien peut-il avoir la télé, une grosse voiture, être propriétaire, une maison secondaire, partir en vacances d’hiver ou d’été, écouter telle ou telle musique, avoir telle ou telle passion…
. de l’expression corporelle : la place du mime, de la danse, du théâtre, le fait de frapper les mains dans l’église…
Notons que s’il y a des faibles et des forts dans l’église, il existe surtout des domaines dans lesquels les uns seront plus faibles et les autres plus forts et vice-versa.
Les faibles et les forts : le risque :
Après avoir posé le problème séparant les chrétiens entre faibles et forts, Paul en vient à la question qui, au-delà des faits, est la cause majeure du risque de division entre les deux parties : l’attitude de chaque groupe à l’égard de l’autre :
- les faibles dans la foi : convaincus du bien-fondé de leur rigidité et de leur capacité de renoncement plus grande, les chrétiens faibles courent le risque de se poser en juges de la liberté de leurs frères qu’ils estiment alors moins spirituels qu’eux : v 3b. Venant des faibles, le risque de division se produit lorsque, dépassant le cadre du domaine privé et personnel, ils en viennent à mesurer la spiritualité des autres à leur liberté sur les questions secondaires sur lesquelles ils sont sensibles.
Notons que si quelque chose nous paraît excessif dans l’usage qu’un frère fait de sa liberté, nous devons avoir toute la liberté de lui poser nos questions, ou lui faire part de nos craintes ou points de vue. Le respect des autres passe par le refus du jugement, pas par celui du souci de leur bonne marche spirituelle.
- les forts dans la foi : convaincus du non-sens des scrupules de leurs frères plus faibles, les chrétiens forts dans la foi courent le risque de pécher en méprisant leurs frères plus étroits qu’eux dans l’exercice de leur liberté : v 3a. Venant des forts, le risque de division se produit lorsque, ne respectant pas la sensibilité des autres, ils agissent à leur égard comme si leurs scrupules n’étaient que de l’étroitesse d’esprit et non un réel cas de conscience pour eux.
Les faibles et les forts : traitement :
Sans donner raison à l’un ou l’autre des partis, Paul donne ici de multiples directives, inspirées par l’amour, pour aider les chrétiens forts à vivre avec les faibles et vice-versa :
- 1ère directive : l’accueil réciproque : 14,1 ; 15,7 :
Derrière la personne qui pense autrement que moi dans un domaine secondaire de la vie chrétienne, il y a un frère ou une sœur en Christ. Ce caractère fort de notre identité commune doit passer, dans ma manière d’accueillir l’autre, avant toute autre considération. Où serait la diversité que Dieu a voulu dans l’Eglise et comment les incroyants pourraient-ils voir que les chrétiens s’aiment vraiment si, dans une assemblée, la pensée des chrétiens et leur comportement sont uniformes dans tous les domaines : Jean 13,35 ; Ephés 3,10.
- 2ème directive : le refus de la polémique : 14,1 :
Reconnaissant à mon frère ou ma sœur le droit de penser autrement, Paul engage les croyants à ne pas entrer dans des discussions vaines et des disputes de mots qui ne font qu’aggraver entre frères le sentiment de différence existant : 2 Tim 2,14. Parce que basée sur le raisonnement seulement, la discussion ne peut que conduire à ériger des murs de plus en plus grands entre les uns et les autres : cf 2 Cor 10,5. Celle-ci est d’autant plus nocive que les uns ou les autres trouveront toujours dans la Parole de Dieu des textes pour appuyer leurs points de vue particuliers, au risque d’en tordre le sens : 2 Pier 1,20 ; 3,16. A la place de la discussion motivée par le désir d’avoir raison contre son frère, Paul préconise une autre attitude, inspirée par l’amour :
- 3ème directive : la tolérance mutuelle : 14,2 à 12 :
Autant le chrétien fort doit bannir le mépris envers son frère faible, autant le frère faible doit se garder de juger son frère fort : v 3, v 10. Ceci pour 3 raisons au moins :
Ce n’est pas d’abord à leurs frères que les croyants ont à rendre compte, mais à Dieu à qui ils appartiennent : v 4. Qui sommes-nous pour juger de la spiritualité des autres ? Si mon frère doit être affermi dans un domaine, n’est-ce pas d’abord au Seigneur, à qui il appartient, qu’il revient de le faire ? Gardons-nous de vouloir en toutes choses être la conscience des autres (limite est donnée par la Parole elle-même à cette application : 1 Cor 5,1 à 5.9 à 13).
Avant le comportement, ce qui compte pour Dieu est la motivation qui est à la racine de nos actes : v 5 à 8. Si l’homme regarde à l’apparence et à ce qui frappe les yeux, l’Eternel regarde au cœur : 1 Sam 16,7. Dieu ne voit aucun mal à la conduite d’un homme qui se prive volontairement de quelque chose par amour pour Lui. De même, Il se réjouit lorsqu’un croyant, Le bénissant et Le remerciant, jouit d’une liberté qu’Il lui octroie. L’important est que chacun dans ce qu’il fait soit pleinement convaincu : v 2 et 23 et n’agisse pas par simple copie ou imitation des autres : Gal 2,11 à 14, mais qu’il le fasse dans l’optique d’obéir ou de plaire au Seigneur : v 6 à 8.
Fort ou faible, nous aurons tous un jour à rendre compte de notre conduite dans la chair devant le tribunal de Dieu : v 10. C’est à cette perspective que chacun doit se préparer, plutôt qu’à celle de plaire à son frère, sachant que chacun devra rendre compte pour lui-même de sa vie : cf 1 Cor 3,10 à 15.
- 4ème directive : la recherche prioritaire de ce qui construit : 14,13 à 22 ; 15,1-2
Si le fort doit être soucieux du faible, cela doit l’être pour son bien. Dans son amour pour lui, étant plus fort, il fera l’effort :
- de ne rien faire qui puisse causer la chute de son frère faible : v 13.20b
- de renoncer à ses convictions bibliquement justes : v 14.20a
- pour ne pas attrister, gêner, mettre mal à l’aise son frère plus faible : v 15.21
- se souvenir que, pour le royaume de Dieu, ce qui est essentiel est la qualité de notre relation avec Dieu et les autres plus que des détails de la vie courante d’ordre secondaire : v 17 et 18
- de veiller à garder pour le cadre privé le plein exercice de sa liberté : v 22.
5ème directive : s’inspirer de l’exemple du serviteur parfait : Christ : 15,2 à 12 :
Si quelqu’un était fort dans l’Esprit, c’était bien le Christ. Pourtant Jésus ici-bas n’a rien fait qui puisse servir en premier Ses intérêts :
- au service de Dieu, Il a pris sur Lui les coups et les insultes que les hommes, dans leur rébellion, Lui destinaient : v 3.
- au service des hommes, Il a accompli les promesses faites aux pères pour tout Israël : v 8, en même temps qu’Il ouvrait, par sa grâce, la porte du salut aux nations : v 9 à 12.
Il a, par Son incarnation et Son sacrifice, établi la paix avec Dieu pour ceux qui étaient loin (les païens) et pour ceux qui étaient près (les juifs) : Ephés 2,14 à 18. Il est allé aussi loin qu’Il le fallait pour, par Son amour, gagner tous à Dieu ! Pour cela, Il dut accepter de faire, non ce qui Lui plaisait, mais ce qui était utile au dessein de Dieu et constructif pour chacun : 15,2-3. C’est Son exemple d’amour que nous sommes appelés à imiter dans nos relations fraternelles entre forts (ce que le Christ était) et faibles (ce que nous étions).



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